« Une voix crie dans le désert : Préparez les chemins du Seigneur ! »
Voilà une voix qui n’a pas eu de mal à se faire entendre : crier dans le désert, c’est crier dans un lieu plutôt silencieux, la voix ne risque pas d’être recouverte par d’autres bruits. Le problème, c’est qu’il risque aussi de n’y avoir personne pour entendre. Donc entendons-cette voix, écoutons cette parole pour qu’elle ne reste pas sans effet.

Grâce à l’annonce de Jean-Baptiste qui prépare la venue du Messie Sauveur, nous allons voir un autre effet bénéfique du silence.

Le silence est nécessaire à la réflexion ; le silence invite à la réflexion. Réfléchir, c’est chercher à l’intérieur de nous-même (on ferme les yeux parfois, et les oreilles; on cherche l’inspiration : c’est comme si on plongeait dans le silence). Le manque de silence peut être synonyme de manque de réflexion : tu ne réfléchis pas ! dit-on à celui qui agit sans d’abord penser à ce qu’il fait. Jésus invitera chacun à cette réflexion : « Quel est celui d’entre vous qui voulant construire une maison ne commence pas par s’asseoir pour voir s’il pourra aller jusqu’au bout. »

Saint Paul nous invite « dans l’attente du jour du Seigneur à faire tout pour que le Christ nous trouve nets et irréprochables dans la paix ». La réflexion et le silence vont nous y aider. Car, le silence nous permet de nous connaître nous-mêmes, de savoir où va notre vie, quels choix nous devons faire pour vivre bien. Nous avons le pouvoir de penser et d’agir, de choisir ce que nous voulons. La liberté de l’homme est de pouvoir décider en connaissance de cause. Cette liberté est d’abord une liberté intérieure.

Quand nous nous permettons la réflexion, quand nous vivons cette intériorité nous découvrons en nous une lumière intérieure, la lumière de l’esprit, et l’esprit nous conduit dans la vérité. La vérité se fait désirer… parce qu’elle est bonne et belle. La vérité éclaire, guide. Si le silence est si nécessaire, si le silence est si bon dans ce qu’il permet, c’est qu’il doit y avoir une vertu du silence.

Le bavard incapable de se taire ne possède pas la vertu du silence : il parle tellement qu’il empêche toute réflexion. Ses idées sont d’autant moins bonnes qu’il parle plus. Si on lui demande à la fin de son discours ce qu’il a dit au début, il ne s’en souvient plus. Le taciturne, celui qui se replie dans le mutisme, n’a pas non plus la vertu du silence : il s’y complait alors qu’il devrait parler ; son silence n’est pas fécond. Nous lui disons avec les mots du prophète Isaïe « Elève la voix avec force, toi qui portes la bonne nouvelle… Elève la voix, ne crains pas. »

Le silence et la parole sont liés. Pour nous qui mettons notre foi dans la Parole de Dieu faite chair ceci est important. Nous accueillons en vérité la Parole de Dieu si nous lui sommes disponibles dans le silence de notre cœur et si elle peut y faire son chemin. Ce chemin n’est pas une voie sans issue, on ne peut arrêter la Parole de Dieu dans sa course. La Parole que nous entendons, au moins chaque dimanche, est appelée à nourrir notre réflexion, à habiter notre esprit. Quelqu’un qui écoute la Parole de Dieu, qui la laisse grandir dans son cœur et dans son intelligence, finit par penser avec elle. Quand il a une décision à prendre il se souvient de ce que Jésus lui dit (famille, travail… choix, argent, service…)

Accueillons cette Parole. Accueillons le Fils de Dieu, Parole faite chair. Nous le reconnaîtrons tout à l’heure encore au moment de la consécration : la Parole de Dieu est efficace, elle transforme la réalité de toute chose, elle transformera notre vie si nous savons la recevoir dans un cœur qui réfléchit.

Abbé Pierre PEYRET +

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